
Pas forcément parce que c’est techniquement passionnant, mais parce que c’est souvent critique en entreprise : étiquettes, badges, services logistiques, comptabilité, scanners multifonctions, imprimantes métiers, sites distants, serveurs d’impression historiques.
Microsoft a mis à jour son plan de fin de maintenance des pilotes d’imprimantes tiers v3 et v4. Et cette fois, il ne faut pas le lire comme une simple annonce lointaine.
Le mouvement est clair : Windows pousse de plus en plus vers le Microsoft IPP Class Driver, les imprimantes compatibles Mopria, et les Print Support Apps pour la personnalisation de l’expérience.

Le sujet en une phrase
Microsoft ne supprime pas brutalement les pilotes d’impression tiers.
Mais Microsoft prépare leur fin progressive côté servicing, publication et priorité d’installation sur Windows 11 et Windows Server 2025.
La cible est claire :
- moins de pilotes constructeurs traditionnels ;
- plus d’impression via IPP ;
- plus de support natif Windows ;
- moins de dépendance aux drivers v3 / v4 ;
- une personnalisation déplacée vers les Print Support Apps.
Pourquoi Microsoft fait ça
Depuis Windows 10 21H2, Windows sait gérer les imprimantes compatibles Mopria via le Microsoft IPP Class Driver, aussi bien sur réseau que sur USB. L’objectif est d’éviter que chaque constructeur doive fournir son propre installateur, driver ou utilitaire pour des fonctions d’impression standard.
Microsoft met en avant plusieurs bénéfices autour de cette approche IPP :
- moins de drivers tiers à installer ;
- moins de dépendance à une version précise de driver ;
- meilleure fiabilité ;
- meilleure compatibilité entre versions Windows ;
- simplification de la gestion de l’impression ;
- meilleure cohérence avec Universal Print.
Sur le papier, c’est logique.
Dans la vraie vie, il va falloir tester.
Parce que toutes les imprimantes ne se valent pas. Et surtout, toutes les fonctions avancées ne sont pas toujours exposées de la même façon via le driver IPP.
La timeline à retenir
Microsoft a ajusté la timeline en mai 2025.
Les dates importantes sont les suivantes :
- Septembre 2023 : annonce du plan de fin de maintenance des pilotes d’imprimantes tiers legacy.
- 15 janvier 2026 : pour Windows 11+ et Windows Server 2025+, les nouveaux pilotes d’imprimantes ne sont plus publiés sur Windows Update par défaut. Les mises à jour de pilotes existants peuvent encore être approuvées au cas par cas.
- 1er juillet 2026 : l’ordre de ranking des drivers est modifié pour toujours préférer le Windows IPP inbox class driver.
- 1er juillet 2027 : sauf correctifs de sécurité, les mises à jour de pilotes d’imprimantes tiers ne seront plus autorisées.
Ce dernier point est important.
Après juillet 2027, les pilotes tiers ne disparaissent pas, mais leur évolution sera très limitée.
Ce que ça ne veut pas dire
Il faut éviter de surinterpréter l’annonce.
Microsoft ne dit pas que Windows va bloquer immédiatement tous les drivers constructeurs.
Microsoft précise au contraire plusieurs choses :
- les drivers existants déjà publiés peuvent toujours être installés ;
- les utilisateurs pourront toujours installer un package fourni par le constructeur ;
- Windows ne prévoit pas de désactiver les fonctionnalités existantes liées à la plateforme legacy ;
- les correctifs de sécurité continueront d’être traités tant que la version de Windows est supportée.
Donc non, vos imprimantes ne vont pas s’arrêter du jour au lendemain.
Mais oui, la direction est claire.
Les nouveaux déploiements Windows 11 / Server 2025 devront de plus en plus être pensés autour d’IPP.
Le changement le plus visible : le ranking des drivers
La date du 1er juillet 2026 est probablement la plus intéressante côté poste de travail.
À partir de cette date, Windows privilégiera systématiquement le Microsoft IPP Class Driver dans l’ordre de sélection des drivers.
Concrètement, cela veut dire qu’une imprimante compatible IPP / Mopria aura de plus en plus de chances d’être installée avec le driver natif Windows plutôt qu’avec un driver constructeur.
C’est cohérent avec la stratégie Microsoft.
Mais cela peut surprendre si vous avez l’habitude de voir remonter automatiquement un driver constructeur depuis Windows Update.
Print Support Apps : le nouveau modèle de personnalisation
Le point souvent oublié, c’est que Microsoft ne dit pas seulement : “utilisez un driver générique”.
Microsoft pousse aussi les Print Support Apps, ou PSA.
L’idée est de garder le driver IPP natif pour l’impression, puis d’utiliser une application de support pour exposer certaines fonctions avancées ou personnaliser l’expérience utilisateur. Microsoft recommande l’usage du Microsoft IPP inbox class driver avec les Print Support Apps pour personnaliser l’expérience d’impression sur Windows 10 et Windows 11.
En théorie, c’est plus moderne :
- le driver reste standardisé ;
- la personnalisation sort du vieux modèle Win32 ;
- les constructeurs n’ont plus besoin de reconstruire des drivers pour chaque version Windows ;
- l’expérience peut être distribuée via le Microsoft Store.
En pratique, cela dépendra beaucoup des constructeurs.
Certains suivront correctement.
D’autres moins.
Cas particulier : imprimantes multifonctions
Le sujet des multifonctions est important.
Microsoft indique que les équipements multifonctions peuvent fonctionner via IPP :
- impression réseau via IPP ;
- fax réseau via IPP Fax Out ;
- scan réseau via WS-Scan ou eSCL ;
- en USB, les endpoints ne sont accessibles que si l’interface USB fonctionne en IPP over USB ;
- pour le scan USB, c’est eSCL uniquement dans ce scénario.
C’est le genre de détail à tester avant migration.
Une imprimante peut très bien imprimer correctement via IPP, mais perdre une fonction avancée de scan, de finition, de badge, de bac spécifique ou de configuration métier.
Ce que ça change pour les entreprises
Pour moi, ce sujet doit être traité comme une petite trajectoire de modernisation de l’impression.
Pas comme une urgence panique.
Mais pas comme un non-sujet non plus.
Les impacts potentiels sont assez clairs :
- les nouveaux modèles d’imprimantes seront de plus en plus attendus compatibles IPP / Mopria ;
- les vieux drivers constructeurs vont devenir une dette technique ;
- les scripts historiques d’installation d’imprimantes doivent être revus ;
- les serveurs d’impression Windows Server 2025 doivent être testés avec attention ;
- les packages drivers déployés via Intune / GPO / SCCM doivent être inventoriés ;
- les imprimantes métiers doivent être validées fonction par fonction.
Ce n’est pas forcément le parc bureautique standard qui posera problème.
Le risque est plutôt sur :
- imprimantes d’étiquettes ;
- imprimantes industrielles ;
- imprimantes badge / carte ;
- copieurs avec fonctions avancées ;
- solutions de pull printing ;
- drivers très anciens ;
- dépendances à des ports ou moniteurs spécifiques ;
- environnements ARM64 ;
- applications métiers qui s’attendent à un driver précis.
Ce que je ferais côté IT
La bonne approche est assez simple.
1. Inventorier
Commencer par lister :
- les modèles d’imprimantes ;
- les drivers utilisés ;
- les versions de drivers ;
- les imprimantes installées localement ;
- les imprimantes publiées via serveur d’impression ;
- les packages déployés par Intune, GPO ou SCCM ;
- les usages sensibles : scan, fax, agrafage, bacs, badges, étiquettes.
2. Identifier les dépendances aux drivers tiers
Toutes les imprimantes n’ont pas le même niveau de risque.
Je classerais les modèles en trois catégories :
- faible risque : imprimante standard compatible Mopria / IPP, usage bureautique simple ;
- risque moyen : copieur multifonction avec options avancées ;
- risque fort : imprimante métier, étiquette, badge, production, dépendance applicative.
3. Tester le Microsoft IPP Class Driver
Sur un échantillon représentatif :
- installation via IPP ;
- impression simple ;
- recto verso ;
- couleur / noir et blanc ;
- bacs papier ;
- formats spécifiques ;
- finition ;
- scan ;
- intégration avec les applications métiers ;
- comportement via VPN ou site distant.
Le but n’est pas de tout basculer immédiatement.
Le but est de savoir ce qui fonctionne déjà.
4. Vérifier les Print Support Apps
Pour les modèles récents, vérifier si le constructeur propose une Print Support App exploitable.
C’est important pour les fonctions avancées.
Le driver IPP peut suffire pour imprimer.
Mais l’expérience complète dépendra parfois de l’app de support.
5. Revoir les standards d’achat
À partir de maintenant, un nouveau modèle d’imprimante devrait être validé avec quelques critères simples :
- compatible Mopria ;
- compatible IPP ;
- support Windows 11 ;
- support ARM64 si besoin ;
- support des fonctions avancées sans vieux driver legacy ;
- disponibilité d’une Print Support App si nécessaire ;
- compatibilité avec Universal Print si la trajectoire entreprise va dans ce sens.
C’est probablement le point le plus important.
Le sujet se corrige plus facilement à l’achat qu’en remédiation trois ans plus tard.
Ma lecture
Ce changement n’est pas une surprise.
Depuis PrintNightmare, les drivers d’impression sont clairement devenus un sujet de sécurité et d’exploitation. Les vieux modèles de drivers, les packages constructeurs lourds, les installations avec droits élevés et les serveurs d’impression historiques ne sont plus vraiment alignés avec la direction moderne de Windows.
Microsoft ne coupe pas tout brutalement.
Mais Microsoft prépare la sortie progressive du modèle legacy.
Et honnêtement, c’est plutôt cohérent.
Le vrai problème, c’est que l’impression reste souvent un angle mort IT.
On modernise les postes, les identités, les applications, la sécurité, Intune, Defender, Autopilot…
Et les imprimantes restent parfois gérées avec des drivers vieux de dix ans, des GPO historiques et des exceptions locales.
Cette annonce est une bonne occasion de reprendre le sujet.
Pas forcément pour tout changer demain.
Mais au moins pour savoir où on en est.
Conclusion
Microsoft prépare la fin progressive du servicing des pilotes d’imprimantes tiers v3 et v4 sur Windows 11 et Windows Server 2025.
Les dates clés :
- 15 janvier 2026 : plus de publication automatique de nouveaux drivers sur Windows Update pour Windows 11+ et Windows Server 2025+ ;
- 1er juillet 2026 : Windows privilégie le Microsoft IPP Class Driver ;
- 1er juillet 2027 : seules les mises à jour de sécurité des drivers tiers restent autorisées.
Ce n’est pas la fin immédiate des imprimantes.
Ce n’est pas non plus un blocage brutal des drivers constructeurs.
Mais c’est un signal fort : l’avenir de l’impression Windows passe par IPP, Mopria, Universal Print et les Print Support Apps.
Mon conseil : inventaire, test IPP, validation des fonctions avancées, et mise à jour des standards d’achat.
